Mars/avril 2011
"Semez un désir et vous récolterez une action.
Semez une action et vous récolterez une habitude.
Semez une habitude et vous recolterez un caractère.
Semez un caractère et vous récolterez une destinée."
Sw. Sivananda Sarasvati

Voici bientôt le retour du printemps et le temps des semences.
Pourquoi ne pas profiter de cette période pour semer en nous et autour de nous des graines d'harmonie et de bonheur?
Nous ne pouvons récolter que ce que nous avons semé. C'est une loi universelle qui s'applique aussi bien dans notre potager que dans notre jardin intérieur.
Cette loi, c'est le "Karma".
Le mot sanskrit "karma" signifie action.
Le karma désigne la loi d'action et de réaction ou loi de cause et d'effet.
Il s'agit d'une loi impartiale qui cherche sans cesse à rétablir l'ordre dharmique naturel.
Si nous semons des graines de salades dans notre potager, nous ne récolterons pas des radis, mais bien des salades.
etc. ...
De manière identique, les désirs, émotions et actions sont comme des pollens que l'on essaime aux quatre vents... Ils engendreront infailliblement des récoltes d'un type d'énergie similaire dans notre environnement
intérieur et extérieur.
Cette loi de rétribution guide ainsi, sans erreur possible, celui qui est capable d'observation lucide et de discrimination.
Parfois, nous nous lamentons de rencontrer toujours les mêmes problèmes, les mêmes difficultés, alors que nous conservons le même type de comportement négatif...
Comment pourrait-il donner des résultats différents?
La causalité karmique, cela veut dire que nous sommes responsables de nos pensées, de nos paroles et de nos actes. Dans tous les cas, même si cela demeure
inconscient pour la plupart, toutes nos actions auront nécessairement des effets qui nous reviendront.
Tant que nous demeurerons dans un état de somnambulisme avancé, nous continuerons d'agir de manière irresponsable en incriminant la vie, les autres, la société, le hazard ou la malchance!
La perception de la loi de causalité est une chose importante sur la voie du yoga, qui est un chemin de responsabilisation et de libération.
Nous aimons tous la liberté, c'est naturel, car notre être profond est
naturellement libre.
Mais qu'en est-il en réalité? Je me pose cette question en ce moment même.
Avons nous réellement le libre arbitre?
Si nous répondons oui, qui en nous a le libre arbitre? Est ce l'ego? Est ce que l'ego est libre?
La réponse évidente qui se présente, est que tant que l'ego est le maître, tant que nous nous identifions à l'ego, à la personne (le mot personna signifiant masque), nous n'avons aucun libre arbitre... C'est illusoire de
croire le contraire!
Nous avons des désirs et nous sommes convaincus de choisir librement, mais ces choix sont soumis aux conditionnements passés, aux samskaras, aux vasanas, les empreintes qui constituent le karma.
Selon le Samkhya, Ahamkara (l'ego) est lié par le prana au jivatman (âme incarnée). Ce qui signifie que tant que nous ne nous différencions pas de l'ego, le karma continuera à s'inscrire profondément en nous et se
manifestera sans cesse, plus ou moins intensément et à plus ou moins longue échéance, sous l'illusion du "libre arbitre".
En fait, tant que l'âme ne s'éveille pas, ou plutôt tant qu'elle n'a pas la possibilité de rayonner pleinement au travers des koshas purifiés, nous restons soumis à la loi du karma.
Les désirs constituent le facteur causal karmique, ils crént le karma. C'est pour cette raison qu'ils ont, probablement, une si mauvaise réputation dans toutes les religions. Les désirs ne sont ni bons, ni mauvais,
c'est l'attachement aux désirs et l'ignorance de leur causalité et effets qui nous enchaînent et nous empètrent dans le processus karmique. Les désirs quels qu'ils soient, ne sont en fait que la manifestation de l'unique désir
de réalisation du Soi et de libération.
Tout le monde a des désirs, même un saint a le désir de faire le bien. Le désir nous pousse à l'action et l'action engendre des réactions et revoilà le karma à l'oeuvre!
Alors comment nous sortir de cet engrenage?... De ce casse tête karmique?
Nous avons dit tout à l'heure que plus l'ego est puissant, plus le karma est créé et moins nous avons de liberté.
De manière inverse, plus nous cheminons vers l'éveil, plus le libre arbitre augmente, au fur et à mesure que le karma diminue.
Selon la Bhagavad gita, les désirs engendrant en chaine actions et réactions sont sous l'emprise de trois forces: Tamas, Rajas et Sattwa.
Tamas est l'énergie d'inertie, de somnolence, de lourdeur, d'obscurité et d'ignorance. Elle engendre des désirs instinctifs et conditionnés, liés à la nourriture, au sexe, à l'argent, à la consommation aveugle
et irresponsable. Toute action sous l'emprise de tamas conduit à la peur, à la dépression, au désordre, au déséquilibre, à la maladie et à la souffrance.
Il est difficile de sortir de tamas, mais s'il nous reste une lueur de lucidité, lorsque nous nous trouvons englué dans tamas, la meilleure chose à faire est de permettre à l'énergie vitale de circuler vigoureusement.
Ainsi, tous les exercices de hatha yoga sont vivement conseillés, mais aussi tous les sports ou activités d'endurance et sollicitant la vélocité, de préférence en plein air, afin que tamas se transforme en
rajas (énergie d'action).
Rajas, c'est donc la force de l'action. Les actes menés sous l'énergie rajasique sont égoïstes, car l'ego est très puissant lorsque rajas domine.
La soif de puissance et de plaisirs personnels, d'ambition, d'efforts en vue de satisfaction égocentrée sont importants. Mais rajas est une force instable, ce qui signifie que cette énergie évoluera, après queque temps,
vers le bas: tamas
et la souffrance, ou vers le haut: Sattwa et l'harmonie. Ainsi lorsque rajas est dominant, il nous est possible d'expérimenter le désordre généré par tamas, ou l'équilibre généré per Sattwa.
Ce qui signifie ici, que nous avons une possibilité de choix, nous élever ou descendre.
Si le libre arbitre est encore minime dans rajas-guna, la méditation est l'outil le plus précieux pour développer sattwa, la clarté intérieure.
Du point de vue yogique, la force la plus élevée et vers laquelle nous devons tendre est sattwa. Lorsque sattwa est dominant à l'intérieur de nous, nous avons peu de désirs grossiers et peu d'attachements. Il nous est aisé de
vivre dans une simplicité joyeuse et lumineuse.
En chemin vers l'éveil, nous tendons vers l'équanimité d'action et la liberté. La plupart de nos actions sont tournées vers le bien de tous les êtres.
Dans Sattwa, il reste des graines karmiques puisque Ahamkara, l'ego est encore présent. Cependant, l'ego n'est plus le maître. Il s'est soumis à la volonté de l'Atman ou guru intérieur et au guru extérieur.
Lindividu a gouté au bonheur du discipulat, du service au maître et à l'humanité, au seva. Alors quand il en est là, il ne revient plus sur ses pas.
L'être qui vit dans sattwa a encore des tendances personnelles, une prakriti ou nature profonde, sur laquelle il sera difficile d'agir. Mais, à ce stade, le libre arbitre est très présent.
Il nous est possible d'agir librement sur nos conditions de vie présente et futures et aussi sur notre environnement.
Lorsque nous devenons capables de vivre totalement au delà de tout choix, lorsque nous n'aurons plus d'autre volonté que celle là: "qu'il soit fait selon ta volonté!", alors très paradoxalement, nous nous libérons de
tout karma et nous retrouvons l'état de liberté originelle. En attendant, cheminons ensemble de tamas vers rajas et de rajas vers sattwa en pratiquant le yoga.
*Veuillez noter que le karma yoga (yoga de l'action consciente et désintéressée) et le Bhakti yoga (yoga de l'amour inconditionnel et du don de soi sont des raccourcis pour la libération.
Om Tat Sat.

Avant mon dernier voyage en Inde, à l’ashram de Rikhia, en décembre 2010, je n’avais qu’une compréhension théorique de ce qu’était le Karma yoga, une compréhension juste mais intellectuelle.
Maintenant, après avoir vécu un mois à l’ashram et l’avoir découvert dans toutes ces organisations, facettes, et énergies, je peux dire que j’ai intégré dans mon être ce qu’est le Karma yoga.
Ce yoga est le yoga de l’action désintéressé. L’action dédiée aux autres, au Divin.
Et je vais par ces quelques lignes tenter de vous expliquer mon expérience.
Le Karma yoga est en mouvement, c’est un yoga de l’action. Nous essayons dans chacun de nos actes d’inclure cette notion de don. De dédier chaque action, même les plus banales et je dirai surtout les plus banales, au divin.
La notion de Divin je vous laisse la définir en fonction de vos croyances, de vos conceptions.
Par le fait d’être présent, attentif à chaque instant, à chaque seconde vous pratiquez une méditation active. Car rappelez-vous que la méditation n’est pas un acte mais un état.
Alors tout deviens méditation, dès que l’on inclut cette notion d’attention et de présence chaque seconde qui passe nous permet de pratiquer et de nous rapprocher de notre flamme intérieure, de nous reconnecter à notre
vrai Soi.
A Rikhia, peu ou pas de pratiques.
Ce que j’entends par pratiques c’est ce que vous avez l’habitude de faire en cours ou durant vos sadhanas.
Toute la journée est dédiée au travail.
L’entretien et l’organisation de la vie de l’ashram, et je peux vous assurer que lorsqu’il y a des milliers de personnes qui convergent vers l’ashram lors d’une cérémonie particulière cela donne beaucoup de travail.
Cela passe par couper des légumes, laver les sols, préparer les lieux de cultes, organiser l’accueil, charger et décharger des matériaux divers et variés, préparer les Prasad (offrandes rituelles), etc.… autant dire que rien
ne manque pour pouvoir pratiquer notre Karma yoga.
Et tout ce travail se fait dans un esprit de don, dans cette énergie tourné vers le bien être de tous, dans cette volonté que tout et tous se réalisent dans le Divin.
Ce travail se fait sans attentes. Ne rien attendre, pas même un remerciement, pas même une attention car la seule récompense et d’avoir effectué son travail avec cœur et avec notre meilleure énergie.
A Rikhia, les dons matériels faits par les visiteurs ou les mécènes sont immédiatement réinvesti pour l’aide au développement du Yoga Satyananda mais aussi et surtout pour aider les populations aux alentours !
Chaque jour, pendant la cérémonie du Yoga Poornima, pendant une à deux heures, des villageois des environs venaient récupérer des biens de premières nécessités. Du riz, des couvertures, des vêtements, des ustensiles
de maisons etc.
Une de nos plus importantes missions était de réceptionner, conditionner et distribuer ces Prasad.
Et même si nous étions dans un esprit de détachement par rapport à notre action, nous avions le plaisir de voir les sourires sur les visages des hommes, des femmes et des enfants venus dans leurs plus beaux habits retirer
leurs paquets.
Alors de retour en France, rempli de cette énergie nouvelle, fort de cette expérience d’amour inconditionnel, je me sens investi d’une mission : transmettre ce que j’ai vécu la bas, essayer de faire comprendre que dans notre
société egocentrique, nombriliste, nous pouvons, nous, pratiquant de yoga amener cette étincelle d’amour dans notre vie.
Pratiquons le karma yoga, trouvons une action qui nous parle, investissons nous dans une tache dédié aux autres. Commençons par de petites choses car chaque personne qui décidera de mettre ces petites choses dans sa vie
contribuera au changement des mentalités, contribuera à gommer les inégalités.
J’entends déjà certains trouver toutes les excuses possibles et imaginables pour expliquer que dans notre monde c’est impossible, que c’est courir à notre propre perte, que ….
Je suis prêt a répondre à toutes vos objections, questions, alors n’hésitez pas à me contacter directement pour que nous puissions débattre, agir ensemble !!
Commençons maintenant, ne remettons pas à demain.
Karma yogi, si vous avez besoin de guidance dans un projet je suis la pour vous épauler !
A bientôt
Satyatma(Laurent)

